A la découverte des Archives de la Préfecture de Police

Poussé par la lecture du livre « Au nom de la Loi » de Johanna Lehr qui plonge le lecteur dans différents fonds d’archives parisiens, j’ai enfin entrepris d’aller découvrir les Archives de la Préfecture de Police (APP).

J’ai beau vivre en région parisienne, être féru de généalogie et avoir passé pas mal de temps dans les différentes archives de la capitale (Archives Nationales à Pierrefitte ou dans le Marais, Archives de la Ville de Paris bd Sérurier, Archives de l’APHP au Kremlin Bicêtre, Archives du Service Historique de la Défense à Vincennes,…) , je n’avais jamais jusqu’ici osé pousser les portes des Archives de la Préfecture de Police. Ne sachant guère précisément que chercher et peur certainement de me perdre dans ces archives au parfum de labyrinthe. Et logistiquement un peu moins simple pour ces archives un peu excentrées dans un petit bâtiment situé au Pré St Gervais dans la banlieue est de Paris.

Ce petit bâtiment en brique, à gauche du siège du WWF, abrite les archives de la préfecture de police de Paris

Bref c’est désormais chose faite, et ces archives se sont vite révélé très riches et passionnantes notamment pour les recherches en matière de généalogie juive, en particulier pour la période de la seconde guerre mondiale. Aperçu non exhaustif de quelques fonds intéressants avec des exemples de ce que l’on peut y trouver.

Les archives du dépôt (CC2)

Comme le rappelle Johanna Lehr dans son livre, le dépôt de la préfecture de police a vu passer « plus de 15 000 juifs détenus entre 1941 et 1944 à un moment ou un autre de leur trajectoire de persécution, dont plus de 6 000 finalement déportés ». Ce qui en fait un haut lieu de shoah à Paris, lieu pourtant souvent méconnu. « Avec ses 5 000 m² situés à la Conciergerie entre la place Dauphine, le quai de l’Horloge et le quai des Orfèvres, juste en dessous de la cour d’appel et d’une partie de la salle des pas perdus, il reste aujourd’hui encore un non-lieu de la Shoah : jusqu’en 2023 aucune étude ne s’était penchée sur ce sous-sol qu’on atteignait en passant une porte épaisse et lourde surmontée du panneau « Décence, ordre, silence ».

Pour la période de la seconde guerre mondiale, les registres du dépôt représentent 9 volumes (CC2-1 à CC2-9), hélas pas totalement complets. Bonne nouvelle, ces registres ont été entièrement indexés par les équipes des APP. Moins bonne nouvelle, pour accéder à cette indexation, il est aujourd’hui impératif de se rendre physiquement dans la salle de lecture des APP. Autant dire que dans le genre pratique on a déjà vu mieux…

J’ai photographié les 9 registres et les partage volontiers aux personnes intéressées (mais rechercher dans ces images non indexées a vite un léger relent d’aiguille et de botte de foin, à moins d’avoir des infos sur une date précise).

Le Rayon Juif (GE3)

Les Renseignements Généraux avaient avant guerre certains services spécialisés par nationalité. Rayon Allemand, Rayon Polonais, etc… La France de Vichy a rajouté un « Rayon Juif », chargé de traquer les infractions aux nombreuses lois, ordonnances, décrets et autres réglementations diverses et variées appliquées aux Juifs. Interdiction de voyager, interdiction de travailler, interdiction de fréquenter des lieux publics, couvre feu, obligation de se déclarer, de porter l’insigne, d’avoir des papiers estampillés « juif »,… Le moindre aspect de la vie quotidienne des juifs à cette époque était sujet de multiples règlements destinés à leur pourrir la vie voire tout simplement à leur enlever. Les APP conservent les registres d’activité de ce Rayon Juif actif de octobre 1940 à juillet 1943. Ces registres ont été numérisés (mais hélas pas indexés) et sont consultables uniquement depuis la salle de lecture. Autant dire que c’est une ressource potentiellement intéressante concernant la vie et la persécution des juifs de la capitale à cette époque, mais difficilement exploitable à ce stade. Je travaille sur le sujet, à suivre…

EDIT Mars 2026 : l’indexation des archives du Rayon Juif est terminée et consultable dans cet article Dans les archives du Rayon Juif. Une source potentiellement utile pour les recherches de généalogie juive à Paris pendant la guerre.

Aperçu d’un dossier nominatif de Jacob Kohn estampillé du tampon 3e Section, Rayon Juif, avec la signature de Louis Sadosky son directeur

Les commissariats de quartier (CB)

Les Archives de la Préfecture de Police conservent les mains courantes des commissariats de quartier. Petits larçins, vols, plaintes, autant de petits délits qui marquent la vie d’un quartier et d’une époque. Ces archives sont organisées géographiquement, par commissariat. Hélas les archives concernant la période de la deuxième guerre mondiale et la collaboration ont parfois été volontairement détruites. Pour celles qui existent, les archives bénéficient d’un index nominatif en fin de registre, très utile pour tenter de retrouver un nom dans un quartier. Et bien sûr avec ce type de recherche on ne sait pas toujours sur quoi on peut tomber. Par exemple, pour le commissariat des Grandes Carrières (Paris 18e), on peut par exemple trouver les traces suivantes :

  • Maurice Chikhman né en 1925 à Paris de Eugène et Henriette Lipkin, est impliqué le 17 juillet 1941 dans une dispute pour avoir tenté de séparer le communiste Simon qui venait de molester deux ouvriers français en leur disant « que ceux qui travaillaient pour les allemands étaient des enculés et des salopes »
  • Mlle Esther Ermine B. née en 1920 à Marseille, demeurant à l’hôtel 4 rue André Gill dans le 18e est arrêtée le 5 juin 1941 à 20h20, accusée de prostitution clandestine alors qu’elle racolait des soldats allemands. Arrêtée 5 fois pour le même motif.
  • Perla Sternkatz, née en 1890 à Varsovie, épouse de Samuel Katz, demeurant 37 rue Simart, déclare le 7 juin 1941 le vol de 2 portefeuilles « vers 10h10 rue Elisabeth Rolland dans la resserre attenante à la boutique de brocante exploitée par son mari »
  • Menasza Bokserman, 42 ans, brocanteur demeurant 24 bd Ornano, vient porter plainte pour vol d’un cheval. Le 9 juin 1941, il a reconnu son cheval volé le 21 mars 1941 dans sa remise située allée des Peupliers. Aura-t-il réussi à récupérer son cheval ? Il est déporté peu après en août 1942 par le convoi 23 et assassiné à Auschwitz.

Les dossiers personnels (1W, 77W)

Il existe aussi différentes séries qui peuvent contenir des dossiers personnels, notamment les séries 1W (Cabinet du préfet de Police) et 77W (Renseignements généraux). Tous ces dossiers ont été indexés, donc relativement facilement retrouvables dans le moteur de recherche de la salle de lecture.

Ainsi dans le cadre du coup de main que je donne à l’association Convoi 77 pour retracer le parcours des déportés de ce convoi, j’ai par exemple pu retrouver aux APP un dossier nominatif concernant Buco Varsano, avec en prime deux photos d’identité.

Enfin à titre plus personnel, j’ai par curiosité regardé dans le moteur de recherche quelques noms de notre généalogie familiale, et je suis tombé à ma grande surprise sur un document dont j’ignorais totalement l’existence. Un dossier des Renseignements Généraux datant de 1942 au nom de Charles Dalsheimer, l’arrière-arrière grand père maternel de mes enfants. Avec à l’intérieur, une superbe lettre de dénonciation anonyme

Et vous, avez-vous déjà consulté ces archives un peu particulières ? Y avez vous fait des découvertes intéressantes ? Si vous avez prévu d’y aller, voici le cadre de classement des Archives de la Préfecture de Police qui peut vous aider à vous y retrouver. A noter qu’il y a sur place un accueil très disponible, sympathique et très efficace. Et ce qui ne gâche rien, les archives sont conservées sur site et donc transmises très rapidement, sans besoin de s’inscrire plusieurs semaines à l’avance comme dans d’autres services d’archives. Bonnes recherches !

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