L’Ecole de Paris s’expose

Petite escapade artistique. J’ai eu la chance profiter des derniers jours de l’expo sur l‘Ecole de Paris qui se tenait au Musée Montmartre à Paris jusqu’au Week end dernier. J’avoue un faible pour Tamara Lempicka dont l’une des oeuvres assurait la couverture de l’expo.

L’Ecole de Paris, fruit de la « querelle des étrangers »

Ce fut aussi l’occasion de replonger dans cette « Ecole de Paris », courant artistique développé dans la capitale début 20e lorsque des artistes s’installent à Montmartre puis à Montparnasse. « Attirés par le rêve de liberté artistique, des artistes du monde entier affluent à Paris, transformant la ville en un véritable carrefour culturel.«  Le nom même d’« École de Paris » émerge en 1923-1924 à l’occasion du Salon des Indépendants autour d’une « querelle des étrangers ». Certains critiquent l’influence croissante de ces nombreux artistes venus de l’étranger, d’autres au contraire saluent ce fertile dynamisme qui alimente l’art français avec une scène artistique foisonnante.

La carte des artistes venus s’installer à Paris est assez impressionnante. Beaucoup viennent des pays de l’Est, dont évidemment beaucoup de Juifs fuyant les persécutions. « Heureux comme un juif en France » disaient certains !

C’est d’ailleurs un collectionneur polonais, Marek Roefler, qui s’est entiché de cette période particulière et s’est attaché à (re)découvrir ces artistes qui ont pour beaucoup quitté leur Pologne natale sans pouvoir y revenir.

« Certains artistes juifs ont pu se former dans des écoles prestigieuses comme Pascin à Munich, Soutine à Vilnius, Mondzain à Cracovie ou Chagall à Moscou. Mais pour d’autres, l’accès à la formation artistique reste difficile, freiné par les contraintes religieuses ou par des milieux familiaux hostiles à leur vocation. Le numerus clausus imposé aux Juifs dans l’Empire russe limite sévèrement leur accès à l’enseignement et à de nombreuses professions. Contraints de fuir les persécutions dans leurs terres natales, de nombreux artistes juifs trouvent en Paris un refuge entre 1910 et 1939. »

Parmi eux, de nombreux artistes sont représentés dans cette exposition qui reste à taille humaine dans ce petit écrin qu’est le musée Montmartre. Amedeo Modigliani, Chana Orloff, Chaïm Soutine, Ossip Zadkine, Moïse Kisling ou Marc Chagall parmi les plus connus. Ainsi que beaucoup d’autres que je connaissais peu ou pas du tout : Henri Epstein, Alice Halicka, Henri Hayden, Louis Marcoussis, Maurice Mendjizky, Mela Muter, Eugène Zak, Nathan Grunsweigh, Jacques Gotko, Joseph Pressmane, Michel Kikoïne, Abraham Weinbaum, Georges Ascher, David Garfinkiel, Isaac Antcher, Simon Mondzain, Jules Pascin, Sigmund Joseph Menkes, Nathalie Kraemer, …

Parmi les oeuvres, pas vraiment de chef d’oeuvre absolu qui écrase tout, mais toute une galerie d’artistes déracinés avec leur sensibilité propre qui en fait une expo et une période très attachante. Le livret de l’expo précise : « En transcrivant dans leurs œuvres les échos de leur temps, les artistes de l’École de Paris nous invitent à porter un regard attentif sur les questions d’exil, de migration, d’identité et de quête de sens. » Je n’aurais pas dit mieux.

Aperçu de quelques oeuvres :

On sent l’hommage à Cézanne dans ces Joueurs d’échecs de Henri Hayden (1913), « aperçu puissant de l’effervescence créative qui anime Paris au début du xx° siècle. »
Magnifiques « Fortifications d’Issy » (détail) de Michel Kikoïne, vers 1915-1920
Simon Mondzain, Paysage au drapeau français 1914
Nathan Grunsweigh, Autoportrait, 1916

La fin de l’Ecole de Paris

Si l’Ecole de Paris est née avec l’arrivée massive d’artistes étrangers, elle prend fin avec la montée du nazisme et les lois raciales de Vichy. On passe de l’Ecole de Paris à la traque de l’Art dégénéré.

Avec la Seconde Guerre mondiale, le rêve d’une vie meilleure en France se transforme pour la plupart en cauchemar : déportations, exils, destructions et spoliations d’ateliers mettent fin à la dynamique de l’École de Paris. Si certains, comme Chagall et Kisling, reviennent à Paris après la guerre, la capitale ne retrouvera jamais le rôle de terre promise qu’elle avait incarné.

Nathan Grunsweigh, Autoportrait, après 1942

L’autoportrait de Nathan Grunsweigh est particulièrement saisissant arborant sombrement la mortifère étoile jaune. Si lui a pu survivre à la guerre, tous n’ont pas eu cette chance et de nombreux artistes en furent victime.

Mon coup de coeur de cette expo est d’ailleurs une oeuvre d’un artiste qui m’était inconnu, un certain Georges Ascher. Né à Varsovie en 1884, il s’installe à Paris en 1925. Son tableau « Petite fille derrière une table » offre le portrait touchant d’une gamine pensive au regard fixe et à l’expression insaisissable comme perdue au milieu d’une nature morte.

Son peintre Georges Ascher sera rattrapé par la guerre, interné au camp de Gurs et finalement assassiné à Auschwitz. Reste cette petite fille à l’expression insaisissable. A quoi pense t elle ?

Quoi qu’il en soit, Paris ne retrouvera jamais après guerre une telle attractivité et importance artistique qu’à l’époque de l’Ecole de Paris.

Georges Ascher, Petite fille derrière une table, 1925

Pour aller plus loin :

Dossier de presse de l’exposition « L’École de Paris, Collection Marek Roefler« 

Bureau d’art Nieszawer & Princ spécialisé dans les artistes juifs de l’Ecole de Paris

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