Retrouver Estelle Moufflarge

Quelques mots à propos d’un livre que je viens de terminer : « Retrouver Estelle Moufflarge » de Bastien François. Une enquête voire une quête : partir sur les traces d’une parfaite inconnue qui a réellement existé pour tenter de retracer son parcours et la « retrouver » dans les détails de sa brève existence. Née juive dans le Paris des années 30, Estelle sera assassinée dans la Shoah. Mais au-delà de cette fin tragique et du devoir de mémoire, l’auteur s’est justement attaché à retracer sa vie, sous toutes les facettes de sa vie d’enfant, d’ado, d’élève, de parisienne d’origine polonaise, de juive, pour en quelque sorte lui redonner vie et la faire revivre à nos esprits.

Partir sur les traces d’un inconnu est évidemment une démarche qui me parle. Le résultat est ici une recherche de 10 ans (!!!) qui s’est finalement traduit en ce livre de 426 pages, « sans un gramme de fiction » mais avec une tendresse évidente pour son sujet. Avec beaucoup de rigueur et de précision, ce livre sensible se lit bien et, en suivant les pas d’Estelle et de son monde, on en apprend finalement beaucoup sur le nôtre, le Paris et la France de cette époque.

Pourquoi Estelle ?

« La question a été récurrente. J’ai chaque fois répondu la vérité : par hasard. Lisant un journal, j’ai découvert qu’il existait un site sur Internet, conçu par Serge Klarsfeld et Jean-Luc Pino, permettant de localiser les lieux où les enfants juifs déportés par la suite avaient été arrêtés. Par curiosité je suis allé sur le site et, ne sachant qui chercher, j’ai entré mon adresse : rue Caulaincourt, dans le 18e arrondissement de Paris. Son nom est apparu. 89 rue Caulaincourt. A quelques immeubles du mien. Ma voisine. Une jeune fille de bientôt 16 ans. Voilà, aussi simplement que cela, par hasard. »

« Il me fallait maintenant la retrouver. Je suis parti à sa recherche. Cela m’a pris des années. »

Ne rien trouver prend beaucoup de temps

10 ans de recherche ! Car comme le précise l’auteur « Ne rien trouver prend beaucoup de temps. Pas seulement le temps passé à chercher, le plus souvent en vain, mais le temps passé à réfléchir à ces indices, à échafauder des scénarios ouvrant de nouvelles pistes de recherche, à mûrir pour soi une histoire, une vraisemblance, non pas pour inventer quelque chose mais pour replacer dans l’espace et dans le temps des bribes d’informations, les relier, leur donner du sens, essayer de se représenter quelque chose. Le temps aussi, un peu mystérieux, de laisser infuser en moi tout le peu que je découvre d’elle ».

« Je passe ainsi des centaines d’heures à éplucher des listes ou des registres de toute nature, à espérer trouver le nom d’Estelle, d’un cousin ou d’une cousine, d’un oncle ou d’une tante, d’une camarade de classe. Le plus petit renseignement que je récolte me demande parfois d’interminables investigations. »

Au cours de mes recherches en cours dans les archives de l’Hôpital Rothschild sur la période de l’entre deux guerres, je n’ai pas trouvé la moindre trace d’Estelle. J’ai cependant trouvé la trace de son entourage familial, avec par exemple le passage de son frère Henri Moufflarge en 1939, de sa mère Perla Maizner en 1924, de ses cousins Henri et Estelle Boufliage en 1942 ou de sa tante Bluma Boufliage en 1923. Pas de scoop en perspective, mais je les glisse ici à toutes fins utiles.

Si le sujet vous intéresse, rendez-vous chez votre libraire préféré ou lundi prochain pour une conférence donnée par l’auteur au Cercle de Généalogie Juive.

Un commentaire

  1. Je viens de le terminer, je suis ébahie par la somme de travail qu’a représentée cette quête. Rentrer dans le détail du fonctionnement de ces administrations, je trouve que ça donne une idée bien claire des rouages qui ont broyé tant de vies.

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