Pour la lettre I de ce ChallengeAZ 2024, bienvenue sur les traces de notre Irremplaçable Lambert Levy. Personne n’est irremplaçable, sauf peut-être Lambert Levy !
Petit rappel historique en guise d’introduction : lors de la conscription, tous les conscrits n’étaient pas envoyés à l’armée. Il y avait un tirage au sort et seuls ceux qui avaient tiré un « mauvais numéro » devaient être incorporés. Enfin sauf si ils réussissaient à se trouver un remplaçant parmi les conscrits dispensés pour avoir tiré un « bon numéro », remplacement évidemment contre espèces sonnantes et trébuchantes. Ce système de remplacement était courant et permettait aux plus aisés de contourner le service militaire.
Mais en 1808 Napoléon prit une série de mesures contre les juifs, restées sous le nom de « décret infâme ». Parmi elles, une concernait précisément le remplacement : « La population juive, dans nos départements, ne sera point admise à fournir des remplaçants pour la conscription : en conséquence, tout juif conscrit sera assujetti au service personnel. » Le remplacement restait parfaitement légal, sauf pour les juifs donc. Napoléon ajusta ensuite cette mesure, en permettant tout de même aux juifs de se faire remplacer,… mais uniquement par un autre juif.
Et c’est là que notre Lambert Levy apparaît, croisé dans mes recherches aux Archives Nationales. Petit souci pour ce conscrit de 1814, fils du maire du village : il n’y avait aucun autre juif disponible pour se faire remplacer. La guigne. Alors il prend sa plume pour demander la possibilité de « choisir un suppléant de toute autre religion ». Le ministre de la guerre, Duc de Feltre, soumet sa requête à Napoléon :
« 28 avril 1813. Le sieur Lambert Levy de la religion hébraïque, conscrit de 1814 du département de la Meurthe, ne trouve personne de sa religion qui puisse être son suppléant dans le service militaire et il demande l’autorisation d’en choisir un de tout autre culte. Ce jeune homme est présenté par M. Le Général d’Hastrel comme fils d’un Maire qui depuis la révolution et tout récemment encore a donné des preuves de dévouement. Je prie Sa Majesté de vouloir bien me faire connaître si le sieur Lambert Levy peut être suppléé par un homme d’une autre religion que la sienne. »

J’ignore tout de la réponse donnée à cette requête, manifestement absente des archives. Mes recherches m’ont simplement permis d’identifier Lambert Levy (1794-1856) comme originaire de Donnelay, fils de Lazard Levy de Delme (1759-1821) et Guelché Cahen de Louvigny (1756-1829). Son père Lazard Levy est maire de ce petit village de Donnelay situé à une quarantaine de km à l’est de Nancy, à la limite entre les départements actuels de Moselle et Meurthe-et-Moselle. Donnelay compte alors une petite communauté juive (74 personnes en 1808). Seule certitude, pendant les Cent-Jours, Lambert n’est pas sous les drapeaux quand il épouse le 29 mars 1815 à Baccarat (source AD 54) Jeannette Lippmann à qui il donnera plusieurs enfants. Peut-être notre Lambert Levy était il lui aussi remplaçable ?!
Pour en savoir plus

Cette pratique du remplacement m’a toujours parue très étrange… Tout le monde est égal face au tirage au sort, mais à la fin pas tant que ça !
Tous égaux, mais certains un peu plus que d’autres…