
Une expo au musée Picasso
Juste quelques mots pour signaler une très belle exposition qui vient d’ouvrir au Musée Picasso à Paris. A l’honneur, l’Art « dégénéré » tant honni par les nazis. De l’accession au pouvoir de Hitler jusqu’à la guerre, de nombreux artistes d’art moderne furent ainsi moqués, menacés, limogés, interdits, voire contraints à l’exil. Leurs œuvres confisquées, vendues ou détruites. Leur tort ? Représenter un art « dégénéré » accusé de corrompre la pureté de la race allemande.

J’ai trouvé l’expo passionnante. Une belle qualité d’œuvres exposées avec de nombreux artistes dont certain parmi les plus grands noms de l’art moderne : Picasso, Kandinsky, Otto Dix, Paul Klee… Mais le visiteur n’est pas noyé sous les oeuvres et l’expo reste à taille humaine avec 5 à 6 salles à peine. De quoi bien profiter des œuvres. D’autant qu’elles sont particulièrement touchantes quand on pense à leur parcours malmené voire à l’enfer qu’elles ont pu faire vivre à leur auteur.



Et surtout une expo qui interroge, bien au delà de « mais qu’est que l’artiste a bien pu chercher à dire ? » Pourquoi avoir voulu détruire l’art moderne ? La « dégénérescence » est-elle dans l’oeuvre ou dans mon regard ? L’oeuvre que je déteste aujourd’hui ne risque-t-elle de devenir un chef d’œuvre demain ? Le plug de McCarthy détrônera-t-il Mona Lisa ? A propos de Joconde d’ailleurs, une coupure de presse d’époque la montre, pour mieux les moquer, revisitée façon Klee, Kokoschka, Grosz, Chagall, Picasso, Pechstein ou Kollwitz.


« Race » et « pureté »
Les artistes juifs n’ont pas eu le monopole de l’art dégénéré. Comme le rappelle le catalogue de l’expo : « L’attaque contre l’art moderne vise des artistes allemands ou non, vivants ou passés, Emil Nolde comme Pablo Picasso, George Grosz comme Vincent Van Gogh. Ce sont toutes les tendances de la modernité, de l’expressionnisme à l’abstraction, de Dada à la Nouvelle Objectivité, qui se trouvent condamnées en bloc. En finir avec l’art moderne, production d’« idiots », de « malades mentaux », de « criminels », de « spéculateurs », de « juifs », de « bolchéviques », pour faire advenir un art sain, image de la race allemande, tel est le programme que se donne la révolution culturelle nazie. »
Certains artistes nazis tombés en disgrâce furent également catalogués « dégénérés ». Ce fut par exemple le cas de Emil Nolde. De l’art du « en même temps ».

De l’art d’être nazi et en même temps dégénéré
La revanche du rabbin
Evidemment dans les délires antisémites de l’Allemagne nazie, les artistes juifs furent particulièrement visés, parmi lesquels Ludwig Meidner, Otto Freundlich, Jankel Adler et évidemment Marc Chagall. Son rabbin prisant du tabac a une présence folle et attire tous les regards. D’art dégénéré à chef d’oeuvre, le rabbin a pris une sacrée revanche.
Et il vous attend jusqu’au 25 mai 2025, foncez.

