Nouvelle trouvaille d’une vieille photo en noir et blanc. Bordure crénelée. Noir et blanc. Deux jeunes femmes apprêtées. Photo posée, prise en atelier. Portraits en buste, regards fixes, sourires discrets, fond évanescent, coiffures impeccables. Un cliché qui fleure bon les années 30/40, rien que de très banal de prime abord.

Epsten et Honikman
Mais au verso quelques mots griffonnés donnent à cette carte une toute autre dimension. « Paris, 13 II 42, Pour toi L. Epsten de moi Honikman »
L’écriture est plutôt soignée, mais le français semble hésitant. Une petite rature à « toi », et une formulation « pour toi de moi » pas très courante. Au vu des patronymes évoquées, Epste(i)n et Honikman, il s’agit vraisemblablement de personnes juives réfugiées à Paris. Plusieurs familles Honikman / Honigman ont quitté leur Pologne pour trouver refuge à Paris à cette époque. Mais en l’absence de prénom, impossible d’identifier cette personne. De même « L. Epste(i)n » est bien trop vague pour réussir à identifier le destinataire, sans autre forme de précision ou d’adresse.

1942, dans la gueule du loup
13 février 1942. Une évocation terrible quand on sait que 1942 aura été l’année du déploiement méthodique de l’extermination des communautés juives d’Europe. Cette carte a été écrite juste après la conférence de Wannsee où les dignitaires nazis ont décidé de la « solution finale » et juste avant l’obligation en France du port de l’étoile jaune suivie de la rafle du Vel’d’Hiv’ et de l’accélération des déportations. Terrible sentiment de savoir ces deux jeunes femmes dans la gueule du loup, au coeur d’un piège prêt à se refermer sur toutes ces personnes venues chercher refuge en France. Comme un cauchemar où l’on aimerait leur crier de fuir mais sans réussir à pousser le moindre son.
Peut-être cette photo est elle le dernier vestige de ces deux visages d’inconnues ? Peut-être ont elles au contraire réussi à traverser la guerre dans la France occupée ? Impossible à dire à ce jour. Que fait cette photo égarée mise en vente sur un site de petites annonces à 3 euros ? Impossible à dire, le vendeur n’a aucune précision sur l’origine de cette photo. Mais à l’heure où les témoins se font de plus en plus rares ces vieilles photos peuvent aussi constituer des témoignages précieux. Sait-on jamais, peut-être certains reconnaitront ils cette Honikman ou auront des précisions sur L. Epsten ?

Daum, photographe
Seule certitude, une victime de la shoah se cache bien dans cette photo. Trace dans la trace, la photo porte la marque discrète du studio photo avec un tampon gaufré au nom de » M. Daum, Paris, 1 bd de Belleville. « Rien à voir avec le célèbre verrier. Et l’on retrouve hélas rapidement sa trace dans les archives du Memorial de la Shoah : Mesjes Daum était un photographe d’origine polonaise demeurant à Paris 1 bd de Belleville. Il est arrêté et déporté en juin 1942 par le convoi n°3 à Auschwitz. Sa femme Ita Rosemberg et leur fils unique Edouard de 10 ans à peine sont arrêtés peu après pendant la rafle du Vel’d’Hiv’. Ita est déportée le 5 août 1942 par le convoi n°15, séparée de Edouard resté seul dans le camp de Pithiviers. Trois semaines plus tard, le jeune Edouard Daum, 10 ans, est à son tour déporté avec beaucoup d’autres enfants orphelins dans le convoi 22 à destination d’Auschwitz. Ni Edouard ni ses parents ne reviendront. Une famille entièrement disparue, sans aucun descendant. Il serait facile de les oublier. Aucune photographie n’a semble-t-il été conservée de cette famille de photographe. Et même si je n’ai aucun lien avec ces personnes que je n’ai pas connues, d’une époque que je n’ai pas connue, je me sens quelque part responsable quand je tombe sur ce genre d’histoires au cours de mes recherches. Pas de ce qui leur est arrivé, mais au moins de contribuer à mon niveau à partager leur histoire et à faire vivre la flamme fragile de leur souvenir. Edouard, nous ne t’oublions pas.
Une exposition en mémoire des enfants
Plus largement, à l’occasion du 80e anniversaire de la rafle du Vél’ Hiv’ une exposition a été organisée en l’honneur des 630 enfants du 11e arrondissement arrêtés lors de la rafle du Vel’d’Hiv’ et déportés sans retour. On y retrouve Edouard, simple point sur une carte.
« À Paris et dans les communes alentours, environ 13 000 Juifs ont été arrêtés lors de la rafle du Vél’ d’Hiv’. Parmi eux, on compte 4 115 enfants de moins de 16 ans ; les trois quarts d’entre eux étaient français. La rafle a particulièrement touché l’Est parisien, le 11e arrondissement étant le quartier le plus frappé après le 20e arrondissement. »

(@DR source internet)
bonjour,
je n’ai pas de mots pour exprimer ce que je ressens ; des enfants séparés en plus de leurs parents ….