Yzerman, crocheteur amstellodamois

Pour cette lettre Y du ChallengeAZ dédié aux soldats juifs de Napoléon, bienvenue sur les traces de Meyer Nathan Yzerman, né à Amsterdam le 1er mai 1787. Pourquoi lui ? Rien de particulier dans son parcours, et on ne sait pas grand chose de certain. Mais c’est assez représentatif, les registres matricules étant souvent peu bavards. Simplement le choix s’est porté sur Yzerman car c’était le seul dont le patronyme commençait par un Y. Et encore, en Hollandais, Yzerman s’écrit plus souvent Ijzerman mais passons.

Registre matricule de Meyer Nathan Yzerman au 126e RI
(SHD/GR 21 YC 879)

Crocheteur

Meyer Nathan Yzerman est né le 1er mai 1787 à Amsterdam, fils de Nathan Joseph et de Alitta Meyer. Quand la Hollande rejoint l’Empire français, Yzerman sert dans le 126e de ligne depuis le 22 novembre 1812, comme remplaçant de Elie Salomon Linsen, un autre Juif d’Amsterdam. Avec ses 1m72 c’est un plutôt grand gabarit pour l’époque. Sûrement utile quand on est crocheteur. Non pas un malandrin à qui aucune serrure ne résiste comme j’ai pu l’imaginé. Crocheteur fait en fait référence aux crochets utilisés pour transporter les fardeaux : un crocheteur est tout simplement portefaix, gagne denier tout en bas de l’échelle sociale. Remplaçant pour une famille plus aisée devait être une opportunité financièrement intéressante.

Photo de portefaix (Europe de l’Est, XXe siècle)

Soldat du corps israélite ?

Amsterdam compte en 1812 la plus importante population juive de tout l’Empire. Et de très loin. Alors que Paris compte 2 700 Juifs, Amsterdam et son département en comptent plus de 24 000. Parmi eux, près de 2 500 dits Portugais, et près de 22 000 dits Allemands.

L’idée avait germé de créer un Corps Israélite, destiné aux Juifs de Hollande (voir l’article que j’avais écrit sur ce Corps Israélite). On ne peut pas dire que ce fut un échec, mais encore moins que ce fut un succès. Ce corps fut dissous lors du rattachement de la Hollande à la France, et les soldats hollandais réorganisés dans différents régiments d’infanterie français, principalement dans le 33e léger, et les 124, 125 et 126e de ligne. On y retrouve beaucoup de soldats juifs hollandais, dont beaucoup doivent provenir de ce fameux Corps Israélite. C’est indiqué pour certains, mais le plus souvent non précisé. Impossible donc de savoir avec certitude si notre Meyer Nathan Yzerman en a bien fait partie même si c’est assez probable.

Uniformes proposés pour le Corps Israélite
(source Archives Nationales AF IV 1736 photo Surnostraces, cf article)

Un sort inconnu

Qu’est devenu notre soldat ? Après le 126e de ligne, il passe au 123e en février 1813, un autre régiment qui compte de nombreux hollandais. Mais aucune indication particulière sur son son sort et je perds sa trace. Aura t il survécu jusqu’à la chute de l’Empire l’année suivante et réussi à regagner ses foyers ?

En tout cas il aura eu la chance d’arriver tardivement aux 126e et 123e de ligne, régiments qui avaient été envoyés participer à la campagne de Russie en 1812 et qui y ont en grande partie disparu. Ces quelques mots d’Hugo tirés de l’Expiation raisonnent comme l’épitaphe de la plupart d’entre eux.

Deux ennemis! le czar, le nord. Le nord est pire.
Qui se couchait, mourait. Groupe morne et confus,
Ils fuyaient ; le désert dévorait le cortège.
On pouvait, à des plis qui soulevaient la neige,
Voir que des régiments s’étaient endormis là.
On s’endormait dix mille, on se réveillait cent.

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