Voilà un brave : Samuel Joseph

Pour la lettre V de ce ChallengeAZ 2024, Voilà un brave : Samuel Joseph qui servira l’Empire d’Austerlitz à Waterloo. Pas forcément plus brave qu’un autre, mais vous l’aurez compris il a combattu à Austerlitz.

Joseph SAMUEL est né en 1783 à Eijsden, fils de Samuel et de Sara Abraham. Eijsden est un petit village dans la banlieue de Maastricht, à une époque où les juifs, n’avaient pas le droit de résider en ville à Maastricht. Ils s’étaient installés dans des villages voisins dont Eijsden (source Musée Juif d’Amsterdam). Quand Joseph s’engage en 1802, ce territoire est entretemps devenu département français de la Meuse Inférieure, créé en 1795 lors de l’annexion française des Pays-Bas Autrichiens.

Carte de l’Empire Français en 1812, avec Maastricht en Meuse Inférieure (source Wikipedia)

Joseph s’engage volontairement et entre au service le 15 janvier 1802 dans le 2e régiment de hussards (également appelé Chamborant ou frères bruns), alors en garnison dans les parages. Les registres de son régiment gardent la trace de sa signature manuscrite, en hébreu / yiddish. Témoignage peu courant, de mémoire le seul exemple que j’ai pu voir car les soldats signent très rarement leurs registres. Ne sachant lire ni hébreu ni yiddish, je suis preneur d’une traduction à l’occasion.

Engagement volontaire de Joseph Samuel au 2e régiment de Hussards
(24 YC 386 matricule n°3836, source SHD, photo Surnostraces).

Voilà un brave

Quand Joseph s’engage en 1802, l’Europe est alors en paix relative, avec la signature du traité d’Amiens entre la France et l’Angleterre qui marque la fin des guerres de la Révolution. Mais l’arrivée d’un nouveau premier ministre anglais va finalement pousser son pays à attaquer la France et replonger l’Europe dans une décennie de guerres. Faute de pouvoir toucher l’Angleterre à l’abri sur son île, Napoléon fond sur ses alliés Russes et Autrichiens. Ce sera la célèbre victoire d’Austerlitz en 1805 où le 2e hussards combattit activement. Joseph y est « blessé de deux coups de lance et d’un coup de lance à la main droite à Austerlitz ». Certainement le prix à payer pour que son régiment se voie inscrire cette bataille légendaire sur son étendard, rapidement suivie de celle de Friedland en 1807.

D’après les mots de Napoléon félicitant ses hommes :  » Il vous suffira de dire, “J’étais à la bataille d’Austerlitz”, pour que l’on réponde, “Voilà un brave” »

Joseph va rester 10 ans au 2e Hussards, de 1802 à 1813, et suivre son régiment dans les quatre coins de l’Europe. Il est ainsi envoyé combattre en Espagne et nommé brigadier en 1809. Après la terrible débâcle de la campagne de Russie – à laquelle il n’a pas participé – et la perte d’une grande partie de la cavalerie française, Joseph est appelé à rejoindre l’une des plus prestigieuses unités. Fini les hussards et la cavalerie légère, place à la Garde et à la cavalerie lourde.

La garde, espoir suprême et suprême pensée

Joseph rejoint ainsi les Grenadiers à cheval de la Garde impériale le 10 mai 1813 et l’accompagne dans toutes ses campagnes. Il participe à la terrible bataille de Leipzig (près de 500 000 hommes engagés !), puis Hanau ou encore Montmirail lors de la campagne de France.

Ultime bataille lors des 100 jours, les Grenadiers à cheval de la Garde impériale combattirent le 18 juin 1815 à Waterloo, à l’assaut des carrés anglais et des mots de Hugo.

La garde, espoir suprême et suprême pensée !
-Allons, faites donner la garde, cria-t-il ! –
Et lanciers, grenadiers aux guêtres de coutil,
Dragons que Rome eût pris pour des légionnaires,
Cuirassiers, canonniers qui traînaient des tonnerres,
Portant le noir colback ou le casque poli,
Tous, ceux de Friedland et ceux de Rivoli,
Comprenant qu’ils allaient mourir dans cette fête,
Saluèrent leur Dieu debout dans la tempête,
Leur bouche, d’un seul cri, dit : « Vive l’Empereur ! « 
Puis, à pas lents, musique en tête, sans fureur,
Tranquille, souriant à la mitraille anglaise,
La garde impériale entra dans la fournaise.
Hélas ! Napoléon, sur sa garde penchée,
Regardait et, sitôt qu’ils avaient débouché
Sous les sombres canons crachant des jets de soufre,
Voyait, l’un après l’autre, dans cet horrible gouffre,
Fondre ces régiments de granit et d’acier,
Comme fond une cire au souffle d’un brasier.

Les grenadiers à cheval de la Garde à Waterloo, par Alphonse Lalauze.

Est-il blessé ? Prisonnier ? Egaré ? Joseph n’a pas complètement fondu comme une cire au souffle d’un brasier, mais son registre matricule précise cependant qu’il est « rayé pour longue absence le 30 juin 1815. »

Registre matricule de Joseph Samuel dans les Grenadiers de la Garde
(source SHD/GR 20 YC 137)

Seule certitude, Joseph a survécu à Waterloo puisqu’on le retrouve en 1829 à Bruxelles, où il épouse une certaine Gelée Cerf. Lui a environ 47 ans et est toujours à cheval : il fait partie de la Maréchaussée à cheval. Sa femme a 10 ans de moins ; ils ont au moins ensemble un fils Julien, né à Bruxelles en 1830 et dont je perds ensuite la trace.

Acte de mariage de Samuel Joseph avec Gelée Cerf en 1829 à Bruxelles.

Notre héros d’Austerlitz, Friedland et Waterloo s’éteint discrètement à Bruxelles le sept octobre 1855, âgé de septante deux ans. Sa disparition fait raisonner ces quelques vers de Victor Hugo :

« En un clin d’œil,
Comme s’envole au vent une paille enflammée, 
S’évanouit ce bruit qui fut la grande armée »

Acte de décès de Samuel Joseph à Bruxelles en 1855


Sources complémentaires :

Historique du régiment de Chamborant 2e hussards

Les Hussards de Chamborant (2e hussards)

2e régiment de Hussards : 280 ans, 1735-2015 / Mélanie Benard-Crozat

Les grenadiers à cheval de la Garde avant la charge. Peinture de Victor Huen.

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