Romain, pharmacien de la Grande Armée

Pour cette lettre P du #ChallengeAz 2024 dédié aux soldats juifs de Napoléon, bienvenue sur les traces d’un Pharmacien de la Grande Armée : Maurice David Romain.

Maurice David Romain, pharmacien à la Grande Armée

Né à Phalsbourg (Meurthe) le 22 août 1782, Moyse Maurice David est le fils de Moyse, commerçant à Phalsbourg. La famille prend le nom de ROMAIN en 1808 mais Maurice semble plutôt conserver l’usage de son nom David. C’est sous ce nom David qu’il signe d’ailleurs en janvier 1811 son état de services.

Issu d’une famille de négociants, je ne sais pas ce qui a pu orienter Maurice vers la pharmacie ni quelles ont été ses études et compétences éventuelles en la matière. En tout cas Maurice est réquisitionné en avril 1806 comme pharmacien, attaché à l’hôpital de Nancy avant de passer à celui de Neuf Brisach. Il suit ensuite la Grande Armée, employé à l’hôpital militaire de Posen. Commissionné, il continue de servir comme pharmacien en Prusse, en Pologne, au Danemark et en Autriche de 1807 à 1811. En 1811 il est pharmacien sous aide (3e classe) employé à l’hôpital de Custrin, place forte située sur l’Oder à une centaine de km à l’est de Berlin.

Le métier de pharmacien

En partant sur les traces de Maurice, j’ai découvert le rôle de ces pharmaciens dans les armés impériales. Comme les autres officiers de santé (médecins et chirurgiens) les pharmaciens ne sont pas des militaires de carrière et sont engagés souvent uniquement le temps d’une campagne. Ils sont sous le contrôle des commissaires de guerre qui n’y connaissent pas grand chose à la santé et sont souvent cupides, au détriment des malades. Il y a trois grades de pharmacien : major ou 1ère classe, aide major ou 2ème classe, sous-aide ou de 3ème classe comme ici avec notre Maurice. Côté uniforme, les pharmaciens ont un habit et culotte bleus, avec du velours vert pour la veste, les collets, les revers et les ornements. Ils portent une épée d’officier d’infanterie. Ne faisant pas officiellement partie de l’armée, ils n’ont pas droit aux épaulettes. Et de manière générale ces officiers de santé sont souvent mal considérés, en bas de l’échelle de l’armée.

Uniformes des services de santé (pharmacien en 2e en partant de la droite)
(Source livre de Marbot consulté au SHD, photo Surnostraces)

Le décret du 14 fructidor an XIII (1805) définit l’organisation d’un caisson d’ambulance (qu’on devine en arrière plan à droite sur la gravure précédente) :

Chaque régiment dispose de 4 caissons d’ambulance qui sont des caissons de munitions réaffectés au service médical et qui transportent les instruments de chirurgie, 50 kg de charpie et 100 kg de linge pour les pansements, 2 matelas, et 6 brancards. Chacun incorpore aussi une caisse de pharmacie riche en onguents divers et en drogues. (Source Histoire-medecine.fr)

Le rôle des pharmaciens est notamment de vérifier la bonne composition des caissons de médicaments des ambulances, voire de préparer différents médicaments et savoir reconnaitre les plantes médicinales pour fournir les différents régiments. Antoine Parmentier, inspecteur général du service de santé, avait défini en 1805 la composition de ces caissons de médicaments (source : thèse de doctorat de pharmacie de Victor Petitpré) :

  • L’agaric de chêne, champignon parasite connu pour ses propriétés hémostatiques,
  • Le sulfate de cuivre, pour ses propriétés antiseptiques,
  • La cire blanche, pour la réalisation d’emplâtres,
  • Le colophane, pour la réalisation de sparadraps,
  • L’alcool, comme désinfectant,
  • L’acide acéteux, aussi pour ses propriétés antiseptiques,
  • Fil blanc de moyenne grosseur, pour la réalisation de sutures,
  • La liqueur d’Hoffman (mélange d’alcool à 90° et d’éther à parts égales), pour l’anesthésie des soldats avant une amputation,
  • Le laudanum de Sydenham (macération d’opium, de safran, de girofle dans du vin de Malaga), pour ses propriétés analgésiques et anti-diarrhéiques,
  • Ammoniaque
Note quant à la composition du caisson de médicaments des ambulances, 1805.
(Source : cité dans Les pharmaciens militaires sous l’Empire)

La faiblesse des effets de cette pharmacopée n’a d’égale que l’ampleur des champs de bataille et des défis posés aux officiers de santé qui font de leur mieux avec leurs faibles moyens….

Pour l’anecdote, j’ai découvert dans cette même thèse que Parmentier avait également étudié les propriétés et qualités comparatives de différents types de lait. Et qu’il avait pour cela semble-t-il entrepris de faire du beurre et du fromage avec du … lait de femme ! Ce qui ne valait manifestement pas celui de vache ou de brebis, nous voilà rassurés.

Les différents types de lait du plus important au moins essentiel en fonction de l’utilisation possible, N. Deyeux et A.A Parmentier, 1790.

Mort en faisant des armes

Pourtant pas engagé en première ligne sur le front, Maurice décède au service à Custrin le 17 février 1811. Mauvais chute ou entraînement malheureux ? Son dossier militaire précise qu’il est mort « blessé à l’oeil gauche en faisant des armes avec un de ses amis et il n’a survécu que trois jours à cet accident malheureux ». Maurice n’était pas un artificier amateur : « Faire des armes » signifie à l’époque s’entrainer à l’escrime et non fabriquer des armes comme j’ai pu le croire de prime abord. Son acte de décès précise qu’il est « décédé dans son logement à neuf heures du soir par suite d’une chute qui a lésé les organes du cerveau ».

Dossier militaire de Maurice David (Romain) en janvier 1811, signé de sa main un mois avant son décès
(source SHD 3YG 246 – photo SurnosTraces)
Extrait du registre de prises de nom des juifs à Phalsbourg en 1808 : Moyse Romain, 59 ans, vient déclarer donner le nom de Romain à son fils David Moyse âgé de 26 ans, absent pharmacien à la Grande Armée (source SHD 3YG 246 – photo SurnosTraces)

Maurice avait un frère Jacob (Armand) également employé à la Grande Armée mais dont je n’ai à ce jour pas encore retrouvé la trace. Si vous en savez des précisions faites moi signe. Leur mère Feyelé ARON (1756-1828), fille de Alexandre et de Judel DAVID repose dans le cimetière de Phalsbourg.


Sources complémentaires :

Le service de santé de la Grande Armée

La pharmacie au temps de l’Empire : création et évolution (thèse de doctorat de pharmacie de Victor Petitpré)

Les pharmaciens militaires sous l’Empire (intéressante présentation par Pascal Burnat, Inspecteur technique des services pharmaceutiques des armées)

Le rôle du pharmacien durant les campagnes Napoléoniennes (Mémoire de Angélina RIGON)

Grades et uniformes des pharmaciens militaires français

Le service de santé aux armées, livre de Alain PIGEARD

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