Israel Perpignan, du théâtre d’opération aux théâtres parisiens

Pour cette lettre P du ChallengeAZ 2024, bienvenue sur les traces de Israel Perpignan. Ce jeune parisien est né à Paris, fils de Moise Perpignan et de Rachel Salom (Dalpuget) mariés à Paris en 1766 et installés à St André des Arts, quartier qui accueille la communauté juive dite portugaise de la capitale.

Israel, également appelé Louis, a un profil original. Non par tant par ses faits d’armes même s’il a apparemment combattu avec son régiment à Ulm, Austerlitz, Eylau, Friedland et qu’il a sauvé les bagages de son officier de l’incendie de la ville de Liebstadt. Mais après ce premier service dans sa prime jeunesse, Israel, manifestement dans le besoin, demande à reprendre du service … à plus de 50 ans ! Et après ses deux services militaires, il reviendra à Paris comme inspecteur général des théâtres.

Etats de service de Israel Perpignan (source SHD 2YE 3187, photo SurnosTraces)

Si la Révolution de Juillet a permis à la liberté de guider le peuple, elle a aussi mis Perpignan dans une position peu heureuse le forçant à reprendre du service…

Dossier d’officier de Israel Perpignan (source SHD 2YE 3187, photo SurnosTraces)

Trouver une place à cet homme d’âge mur n’est pas chose aisée mais sa démarche est appuyée par plusieurs soutiens. Petit souci, ses états de service précédents semblent manquants dans les registres. Son absence de fortune n’aide pas non plus. « M. Perpignan est dans une position de fortune telle qu’il lui serait impossible de faire face aux dépenses qu’exigerait son admission dans un corps de cavalerie ». Il est vrai qu’à l’époque les cavaliers devaient souvent financer leurs montures et uniformes.

Archiviste à Bône

Perpignan est finalement nommé sous lieutenant dans l’infanterie. On a bien pensé le mettre « adjudant de place à la Casbah » en Algérie, sans succès. Il est finalement nommé en 1831 « Secrétaire archiviste », à Bône. Pas follement glorieux, mais manifestement suffisant pour subvenir à ses besoins. Mais sa santé est fragile et il demande à rentrer en France pour soigner une blessure à la jambe. On le retrouve aux hôpitaux militaires du Val de Grâce ou du Gros Caillou ainsi qu’au eaux de Bourbonne. Déclaré incurable, il est de retour en France vers 1835 et nommé inspecteur des théâtres. Jusqu’à son décès en 1846 il sera chargé de surveiller la morale des oeuvres jouées dans les théâtres parisiens. Une caricature de son portrait est conservée au Musée Carnavalet, au côté d’autres hommes de lettres.

Caricature du censeur des théâtres, Perpignan Israël (1778-1846) par Jean-Pierre Dantan (1800-1869), dit Dantan le Jeune.. Plâtre patiné terre cuite. 1847. Paris, musée Carnavalet.

Biographie de PERPIGNAN (ISRAËL). 1778—1846.

Une biographie de notre Perpignan est présente dans un ouvrage disponible sur Gallica (Dictionnaire critique de biographie et d’histoire, d’Auguste Jal (1795-1873)). J’ai laissé dans cette partie l’intégralité de la biographie concernant notre homme. Malgré certaines longueurs cela donne quelques détails et anecdotes vivantes sur le personnage, chose rare qui tranche tellement des registres militaires souvent austères et secs :


« Un des personnages singuliers de notre temps. Il ne brilla ni par la vertu, ni par le savoir ; il n’eut aucun grand talent, aucun mérite réel ; il n’eut ni la beauté qui présente un adolescent au monde, où il est accueilli d’abord pour sa bonne mine, ni l’instruction solide qui classe l’homme fait. Ni beau, ni laid, mais plutôt laid que beau, ni grand, ni petit, ni gras, ni maigre, rien dans son extérieur n’était remarquable. Il aurait passé complètement inaperçu et se serait perdu dans la foule, sans une qualité qui lui était particulière et le lança dans le monde des gens de lettres et des artistes, un esprit soudain d’une forme quelquefois brutale, mais franc et incisif.

Toute la littérature de l’Empire et des temps qui suivirent la Restauration, jusqu’en 1846, le courut et l’aima, lui rendant cette justice que, sans une grande élévation de sentiments, il eut une certaine délicatesse qui attestait un coeur honnête au fond. Pauvre, sa probité mise à des épreuves dangereuses n’aurait point failli. Le monde bourgeois avec lequel il eut quelque rapport ne comprit rien a Perpignan, qui n’eut jamais entrée dans le monde de la noblesse, bien qu’on le nommât quelquefois par courtoisie « Monsieur le comte », titre qu’il ne prenait jamais de lui-même, mais qu’il acceptait avec modestie et un riant sous cape, parce qu’il savait bien qu’il ne lui était pas du. Une légende s’était établie — était-ce lui ou un autre qui en avait eu la première idée ? — qui voulait que son père, négociant juif, eût rendu, a Lyon, des services qui lui avaient valu des lettres de noblesse de la part de Louis XVI et ce titre de comte dont on le saluait quelquefois. Je n’ai rien connu qui justifiât cette historiette, et je suis fort porté a croire que Perpignan devint « Monsieur de Perpignan » par la grâce de M. de Jouy, qui donnait du de à tout le monde, et vous nommait « Monsieur De Chose  » quand il oubliait votre nom.

Profondément indifférent en matière de religion, Israël Perpignan n’eut aucun préjugé contre ceux des membres de la grande famille chrétienne qui l’admettaient à leur table. Il faisait très-peu d’état de ceux de ses coreligionnaires qui manquaient assez de goût pour se priver d’un commensal de sa sorte. Ce n’est pas qu’il eût de l’orgueil ; il n’était de vrai ni orgueilleux, ni vaniteux. Aussi éclectique en politique qu’en religion, il était de ceux qui se laissent gouverner, sans trop savoir qui les gouverne. Que lui importait, en effet, le pouvoir qui menait la France? Il n’en craignait rien et n’en attendait pas grand’chose. Il était blanc ou bleu selon le cas et la personne à laquelle il s’était attaché :

Il savait ménager avec un soin égal
La chèvre royaliste et le chou libéral

pourvu qu’il pût manger du chou et que la chèvre le nourrit. Car il était parasite, franchement parasite ; il l’avouait, et son ingénuité charmante contrastait avec le soin que mettaient quelques-uns de ses semblables à cacher leur défaut. Pour Perpignan, c’était une chose toute simple, il croyait bien payer son écot par sa bonne humeur et le piquant de ses reparties. Il aurait volontiers dit comme cet ancien à son hôte :

« Vous, fournissez les viandes et le vin,
j’apporterai le sel. « 

Son sel était quelquefois a peine égrugé, quelquefois il était fin, toujours il avait une saveur pénétrante. Perpignan n’était point un bouffon de prince, quoiqu’il ne se gênât guère avec ceux qui le traitaient ; ce n’était point un de ces plaisants qui étudient leur rôle et le répètent chez eux avant de se produire à la table ou au salon, et dont tout l’art consiste à faire venir à point les mots qu’ils ont préparés ; il était soudain, et je pourrais dire inattendu. Ses traits étaient rarement cruels; ils étaient caustiques, rien de plus. Son caractère répugnait a la méchanceté, et il n’était pas cependant tout à fait bon. Il était un peu « commère » comme on dit, mais pour s’amuser, amusement qui n’était pas toujours innocent. Israël Perpignan avait reçu une première éducation qui lui avait peu profité. Son écriture était bonne, mais il savait qu’il y avait beaucoup à reprendre à son orthographe. II n’aimait pas la lecture ; lire l’ennuyait. Il avait cependant fait un tour de force dont peu de gens sont capables: il s’était donné la tâche, et l’avait consciencieusement accomplie, de lire les vingt-deux volumes d’un ouvrage qui n’a jamais passé pour amusant, l’Histoire du Bas-Empire de Charles Lebeau, et il assurait qu’il avait fini par y prendre un plaisir extrême.

HISTOIRE DU BAS EMPIRE-LE BEAU-1757-24 VOLUMES (à peine 300 € sur Ebay, bonne lecture)

Il citait assez volontiers et assez à propos Charles Lebeau, mais moins souvent que Beaumarchais, dont il savait par coeur Le mariage de Figaro et Le barbier de Séville. Au fait, il y avait en lui beaucoup du Figaro ; il y avait aussi du Falstaff. Ce n’est pas qu’il fût tombé, comme sir John dans l’abrutissement par l’ivrognerie et la débauche, mais il gardait, comme le noble compagnon de Henri V, une certaine dignité dans sa mauvaise fortune et une insouciante gaieté dans les plus mauvais moments de sa vie.

Perpignan dessinait, mois son talent n’allait pas au delà de la représentation toujours parfaite, mais toujours la même, d’un cheval se cabrant, vu par derrière, et d’un Cosaque monté sur ce cheval. Il avait dans la main les quelques lignes qui formaient cette figure, et en dix traits de plume ou de charbon il la traçait — vivante en vérité— sur du papier, sur une assiette ou sur un mur. Horace Vernet reconnaissait qu’on ne pouvait faire mieux un Cosaque à cheval, vu par derrière, mais il aurait voulu voir ce cavalier venant à lui. Le Cosaque de Perpignan était fort connut il l’a laissé sur les murailles de toutes les villes qu’il a traversées.

Un journal littéraire où je fus longtemps le collaborateur de Jouy, d’Arnault, d’Emmanuel Dupaly et d’autres écrivains du temps de l’Empire, ayant été créé sous la Restauration, nous recueillîmes Perpignan, qui pouvait chaque jour nous apporter les bruits de ville et les histoires des coulisses. Il était sur le pied de la familiarité avec chacun de nous ; un seul des hommes de lettres qui fournissaient quelquefois des articles au Miroir le tenait à distance; c’était un brave professeur très-infatué de son mérite, poète qui avait fait un Artaxerce, dont le succès avait été honnête à la Comédie française. Delrieu se respectait beaucoup et prétendait au respect de tout le monde et même à celui de Perpignan, qui tenait peu de compte d’une telle prétention. Un soir, Perpignan rencontra le tragique dans un des corridors du Théâtre-Français, et, tranchant du littérateur, alla lui parler de la pièce qu’on jouait, en fît la critique, puis rompant tout d’un coup la conversation ;

« Adieu, confrère » – Imbécile, dit Delrieu. – C’est bien ainsi que je l’entends, »

Perpignan était sans fortune, je l’ai déjà dit ; il était souvent sans argent de poche, ce dont, au reste, il se souciait assez peu, parce qu’il n’avait pas de besoins et point de fantaisies. Un de nos amis, Marin Bourgeois, eut un duel ; la balle du pistolet de son adversaire vint s’amortir sur un écu de cinq francs contenu dans la poche de son gilet. Cette circonstance rapportée devant nous, au café des Variétés, Perpignan dit tout de suite : « J’aurais été tué, moi ». Les dettes qu’il contractait, et il était bien forcé d’en contracter quelquefois, ne l’embarrassaient guère ; il disait à son créancier :  » A la mort de ma femme, je vous payerai « . La vérité est qu’il n’y manqua pas.

En 1807, il avait pris femme. Comment cela s’était il fait? Il ne me l’a jamais dit. Il n’avait point d’état; son père lui donnait donc une certaine dot ? « Le 18 octobre 1807, à huit heures du matin, Monsieur Israël Perpignan, âgé de vingt-neuf ans, demeurant chez son père rue de Grenelle-St-Honoré, fils majeur de Moïse Perpignan et de Rachel Salom son épouse », reçut la main de « demoiselle Adèle de La Fontaine Solar, âgée de vingt ans, fille mineure de feu Jean-Marin-Denis-Hubert de La Fontaine Solar et de Cécile-Elisabeth-Guillaine Delastre Neuville sa veuve, consentante ». (Registres de l’ancien 2e arrondissement de Paris.) Perpignan faisait un mariage mixte, et il entrait en pleine noblesse. La fille qu’il épousait était riche, au moins comparativement à lui. Pourquoi son père et sa mère n’assistèrent-ils pas à la cérémonie nuptiale? Parce que rien de ce qui touchait Perpignan ne pouvait être ordinaire. Perpignan demeurait chez son père, donc celui-ci ne l’avait pas chassé; il se mariait, donc son père avait donné son consentement; il était incapable de faire son contrat de mariage, donc son père avait du présider à la rédaction de cet instrument. Le jour du mariage, il y eut un repas de noces, selon l’usage. Au moment de se mettre à table, on s’enquit du marié, on l’attendit, sans le voir venir. On prit la peine d’aller le chercher et on le trouva tranquillement assis à l’orchestre de l’Opéra. Il avait, comme Panurge, oublié qu’il était marié.

Cela fit mauvais effet; mais il se tira de ce pas dangereux en homme d’esprit : il fut gai et charmant. Sa jeune femme fit semblant de lui pardonner, mais lui garda rancune ; si bien qu’après une scène publique, dans la maison de Molière, pendant un entr’acte, scène où les rieurs finirent par être du côté de Sganarelle, une séparation fut décidée. Des amis intervinrent et un acte fut dressé, qui assurait au mari une pension viagère. J’ai connu Perpignan fort mal dans ses affaires, et je dois dire à son honneur qu’il ne toucha jamais au quartier de cette pension. Son contrat de mariage lui avait apparemment assuré de certains avantages, car, à la mort de sa femme, il hérita d’une douzaine de mille francs, je crois. Celte somme le gêna fort; il voulut la faire valoir et eut les préoccupations du savetier de la fable; sa gaieté en fut sensiblement altérée; heureusement la chose n’arriva qu’aux dernières années de sa vie.

Perpignan avait servi; en quelle qualité ? Il est difficile de le dire. Il affirmait, et des militaires qui l’avaient connu disaient qu’il avait été sergent, puis officier. Il croyait avoir été capitaine. Mais vérification faite, sur les contrôles des régiments où il se rappelait avoir rendu des services, on n’a trouvé aucune trace de son passage dans le 22e régiment de ligne, de 1803 à 1807, dans la division des grenadiers réunis, en 1803, enfin au corps franc des chasseurs de la Meurthe, en 1813. Quoi qu’il en soit, Perpignan avait été blessé à Austerlitz par un caporal autrichien mort, et qui, étendant mécaniquement le bras au moment où Perpignan passait près de lui, en traversant le champ de bataille, le frappa de sa schlague. Une cicatrice était restée visible à une des jambes de Perpignan, qui se plaignit toute sa vie que cet incident de sa carrière militaire n’eût pas été inscrit sur ses états de service. Si notre Israël ne resta pas claudicant après le 2 déc. 1805, il le devint plus tard, tombant d’un cerisier où il était monté, nouveau J.-J. Rousseau, pour cueillir des cerises et les jeter à des demoiselles qui les attendaient sous l’arbre. La branche du cerisier se rompit et Perpignan se cassa une jambe. C’était à Fontenay-sous-Bois, dans la maison de Potier, le comédien. Perpignan, boiteux, s’en consola en disant :

Dans le monde des lettres, nous sommes trois boiteux célèbres, moi, Klopstock et Byron.

La Révolution de 1830 apporta un notable changement à l’existence de Perpignan. Le gouvernement du Roi se montrait disposé à réparer envers les hommes de l’Empire les injustices de la Restauration. Perpignan se dit que lui aussi était  » un homme de l’Empire « , et songea à rentrer dans l’armée, afin d’acquérir des droits à une petite pension. On lui devait bien cela ! Il adressa à M. le maréchal Soult, ministre de la guerre, une demande en réintégration dans l’armée. La pétition fut appuyée un peu par tout le monde, généraux et députés. Deux députés, membres de l’Académie française et membres de l’ancienne opposition a la Chambre, le recommandèrent vivement. Le ministre voulait être agréable à ces littérateurs, hommes politiques ; mais son embarras n’était pas médiocre : Perpignan demandait à rentrer comme capitaine, soit qu’il eût été autrefois lieutenant, soit qu’il eût été capitaine, ce qu’il croyait fermement; les preuves écrites manquaient; mais il y avait des témoignages oraux.

On assurait au maréchal que Perpignan avait été officier; va donc pour officier. On le nomma sous lieutenant; et pour que rien ne manquât à cette justice rendue, qui avait toutes les apparences d’une plaisanterie,on le plaça dans un régiment de troupes légères, le 9 décembre 1831. Voilà donc notre homme, âgé de cinquante-deux ans et demi et boiteux devenu sous-lieutenant au 10e régt d’infanterie légère, alors en Algérie. Perpignan ne partit point sans recommandations. Antoine-Vincent Arnault, académicien auteur de la fable du Colimaçon et de la Feuille desséchée, auteur aussi de Marius à Minturnes et de Germanicus, Arnault, notre collaborateur au Miroir et à la Pandore, Arnault, qui passa une partie de sa vie a composer des tragédies et l’autre à faire des épigrammes, donna à Perpignan une lettre d’introduction auprès du général qui commandait alors en Algérie. Entre autres éloges du « jeune officier » se trouvait celui-ci : « Il est propre à l’épée comme à la plume ». On n’aurait pas recommandé autrement M. Gâchon de Molesnes, ou le comte Alfred de Vigny. Le général, qui était homme d’esprit, comprit que la-dessous se cachait une de ces malices dont Arnault n’était point avare; il envoya Perpignan à son corps et saisit la première occasion de placer l’invalide de manière à utiliser plus sa plume que son épée. Le 10 oct. 1832, Perpignan fut nommé secrétaire-archiviste de la place de Bône. Il rentra au 10e léger, le 18 mai 1835, et fut réformé, le 28 mars 1836, « pour infirmités incurables ». On lui compta quatre campagnes, de 1831 à 1834. Là finit la vie militaire de Perpignan. Il revint à Paris, et eut un emploi d’inspecteur des théâtres; la morale publique était un peu sous sa sauvegarde : c’était assez singulier.

Sa vieillesse fut moins gaie que son âge mûr ; il avait des moments de mélancolique philosophie ; il faut dire qu’ils étaient courts. Il périt plus riche qu’il n’avait jamais été, mais plus triste. Il ne serait cependant pas mort de chagrin, il succomba aux suites d’une blessure qu’il s’était faite au pied en se coupant un cor. Etabli dans une maison de santé à Montmartre, la gangrène envahit sa jambe et le reste; il trépassa le samedi 30 mai 1846, à une heure du matin. L’acte qui fut dressé de son décès est ainsi conçu :

« Décès à 1 h. du matin d’Israël Perpignan, âgé de soixante-cinq ans, inspecteur des théâtres de Paris, né a Paris, époux d’une personne dont les noms n’ont pu être indiqués, ainsi que ceux des père et mère du défunt. »

Cet acte incomplet, et dont le rédacteur fut mal informé, fait tort à Perpignan d’une qualité à laquelle, dans ses derniers jours, il attachait une grande importance, celle de chevalier de la Légion d’honneur. Comment avait-il mérité ce titre? Que récompensait-on en lui, quand on lui donnait le ruban rouge qu’il ne porta point, au reste, et qui décora seulement sa redingote,- toujours placée au pied de son lit de malade? Etait-ce « l’homme de l’Empire » ou le secrétaire-archiviste de Bône? l’homme d’esprit qui avait eu l’esprit de ne rien écrire, ou le dessinateur du cheval que tout le monde connaissait? Quoi qu’il en soit, un général demanda au grand chancelier de la Légion d’honneur la croix pour un malade qui ne devait pas guérir, et le Roi, sur la proposition du grand chancelier, fit de Perpignan un chevalier de la Légion d’honneur. Cela ressemblait un peu a une gageure ; mais il était dit que tout dans la vie de Perpignan devait être étrange. Finissons en disant qu’Israël naquit le 23 août 1778, rue Dauphine, faubourg StrDenis, fils de Moïse Perpignan, négociant, et de Rachel Salom, mariés à Paris en 1766 à St-André des Arcs, selon leur usage et coutume. (Registres de la municipalité, 7 juin 1793, Archives de la ville.) Un dernier trait de Perpignan. On annonçait devant lui qu’un de ses plus puissants coreligionnaires venait d’être honoré du titre de baron :

« Ah ! dit-il en se redressant : Le temps de l’Arabie est à la fin venu ! » »

Les raisons du mariage

Quelques recherches complémentaires m’ont permis de comprendre les raisons de ce mariage surprenant pour l’époque entre ce juif pauvre et attachant et une noble chrétienne. Cela tient assez certainement à la naissance le 19 mai 1807 d’un certain Alfred Perpignan, fils illégitime ensuite reconnu. Une fois adulte, il s’installa aux Etats-Unis à Westmoreland dans l’état de New York et devint entre autres fabricant de cigares.

Tombe de Alfred Perpignan, fils de Israel Perpignan (source internet)

Cet enfant illégitime est très certainement ce qui a poussé au mariage d’Israel avec sa noble chrétienne. J’ai par hasard retrouvé dans le catalogue d’une vente aux enchères à Drouot un portrait de jeunesse de notre Israel Perpignan : « Miniature ronde peinte sur ivoire. Dans un cadre rond en bois noirci et cerclage en laiton doré. Inscrit au dos : « Perpignan, décédé en juin 1846, inspecteur général des Théâtres. » Nul doute c’est notre homme ! Lui qui n’était « ni beau ni laid », l’était tout de même davantage dans sa jeunesse que ne le laissait suggérer la caricature de ses vieux jours. Et vu le prix de ce type de miniature sur ivoire, pour lui qui était sans fortune, on peut imaginer qu’elle date vraisemblablement de son mariage.

Miniature peinte sur ivoire de Perpignan, inspecteur général des Théâtres (Source Millon)
Caricature du censeur des théâtres, Perpignan Israël (1778-1846) par Jean-Pierre Dantan (1800-1869), dit Dantan le Jeune. Plâtre patiné terre cuite. 1847. Paris, musée Carnavalet.

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