Pour cette lettre O du #ChallengeAZ 2024, bienvenue en Italie sur les traces de Isaac Olivetti.
Né à Gènes le 8 novembre 1786, Isaac est le fils de David Joseph, et de mère non dénommée. D’après son registre militaire, Isaac est marchand (précisé comme juif) et domicilié à Nice quand il rejoint le 66e régiment d’infanterie de ligne le 7 décembre 1808. Une petite coquille géographique s’est glissée dans ce registre, situant Nice et Gènes dans le département français Montenotte, ces deux villes étant certes voisines mais hors de ce département.

Le département de Montenotte
Manifestement la personne en charge de ces registres n’était pas encore très au fait de la géographie du Montenotte, département français qui exista de 1805 à 1814. Ce territoire autrefois sous domination autrichienne est passé en 1797 sous le contrôle d’une République Ligurienne, alliée de la France, avant d’être tout simplement intégrée à l’Empire Français en 1805. Autant faire simple.

Un juif portugais de retour du Portugal
Bref notre Isaac arrive au 66e de ligne le 7 décembre 1808, fusilier au 6e bataillon. Aucune info sur son parcours militaire, si ce n’est sa mort précisée en décembre 1812 à Bayonne. D’après l’historique de son régiment, le 66e de ligne a participé de 1809 à 1812 aux campagnes d’Espagne et du Portugal. Sacré clin d’oeil de l’Histoire pour ce soldat dont les ancêtres juifs séfarades ont été expulsés de la péninsuble ibérique que d’y être renvoyé se battre.
Talaveyra, Coïmbra, Ciudad-Rodrigo, Badajoz, Arapiles, Burgos, Salamanque,… les batailles et les sièges s’enchainent contre les troupes anglo-espagnoles de Wellington. Et comme les histoires d’amour des Rita Mitsouko, ça finit mal en général.
Une forme de solidarité communautaire
Notre Isaac Olivetti décède à Bayonne en décembre 1812. On imagine assez bien que Bayonne devait constituer une base arrière naturelle pour les soldats malades ou blessés en Espagne. Ce qui est plus original est la précision retrouvée sur son registre militaire : « mort au St Esprit, dans la maison rue Maubec n°28 ». St Esprit était alors le quartier juif de Bayonne, et la rue Maubec la rue principale de ce quartier juif. Bayonne en effet a accueilli une importante communauté juive dite portugaise, ayant fui la péninsule ibérique entre inquisition et expulsions.
Cette indication de la rue Maubec, au coeur du quartier juif, suggère une forme de solidarité confessionnelle entre juifs de ces communautés dites portugaises, des habitants juifs du coin et des soldats juifs de passage, blessés ou malades. Le cadastre napoléonien de 1812 donne une vue assez précise de cette rue et de ce n°28, bâtiment en fond de cour.

D’après le recensement de 1812, 46 personnes vivent au 28 rue Maubec. Parmi elles plusieurs familles juives :
- Jacob Paz, portefaix de 55 ans qui y vit avec sa femme Sara Baïz et leurs 7 enfants,
- David Garcies de Bordeaux, chocolatier de 48 ans qui vit avec sa femme Sipora Baïz de St Esprit,
- Ricca Torres, institutrice de 50 ans originaire de Bordeaux,
- Jacob Dacosta, chocolatier de 19 ans originaire de Bordeaux,
- Isaac Mendes Sola, perruquier de 77 ans originaire de Peyrehorade,
- Esther Gaspard, couturière de 16 ans originaire de Bordeaux,
A 26 ans, Isaac Olivetti s’éteint parmi eux le 21 décembre 1812. Peut-être a t il sa tombe dans le vieux cimetière juif de la ville ?

On voyage avec ce billet !