Bernard CAHN, médaillé de Sainte Hélène

Il y a quelques années j’ai eu l’occasion d’aller donner une conférence pour présenter mes recherches sur les soldats juifs de Napoléon. Merci à l’asso Genami qui m’avait proposé cette chouette opportunité de participer à ce salon international dédié à la généalogie juive, organisé par l’IAJGS (International Association of Jewish Genealogical Societies). D’autant plus chouette je l’avoue que cette année là, ce salon se tenait à Orlando en Floride 🙂

Les soldats juifs de Napoléon à l’honneur à Orlando
Intervention au salon international de généalogie juive IAJGS grâce à Genami

Parmi les nombreux participants à ce salon, j’ai eu la chance d’être contacté par une personne, Arline Sachs, qui souhaitait justement me montrer des documents concernant son ancêtre qui avait servi dans les armées de Napoléon. Connaissant le sujet de mon intervention, cette personne était venue à Orlando avec sous le bras un cadre soigneusement préservé détenu dans ses archives familiales. Il s’agissait d’un témoignage historique rare, composé de la Médaille de Sainte Hélène remise à son ancêtre Bernard Cahn, avec également le certificat qui accompagnait cette médaille, ainsi qu’une photographie où l’on voit le dit Bernard Cahn, âgé, porter fièrement cette médaille.

Photo originale de Bernard Kahn, de sa médaille de Ste Hélène et de son brevet
(@collection particulière Arline Sachs, photo SurnosTraces)

La médaille de Ste Hélène a été instituée en 1857 par Napoléon III pour récompenser tous les anciens soldats encore en vie ayant combattu pour la République et l’Empereur Napoléon 1er. Bernard Cahn est né en 1794 à Ballbronn dans le Bas Rhin, fils de Abraham et de Ella. Si sa descendante Arline Sachs connaissait bien la vie de son ancêtre qui avait rédigé ses mémoires de 1818 à 1871, en revanche elle ignorait son parcours militaire précis sur lequel il s’était tu.

The Diaries of Bernhard Cahn,
A man of his times, Life in Nineteenth Century Germany

Arline m’a gentiment offert et dédicacé l’ouvrage rédigé sur la vie de cet ancêtre à partir de ses mémoires. Thank you Arline ! Une incertitude flottait cependant sur son parcours militaire puisque rien hélas ne donnait d’indication sur son régiment. Et je n’avais à cette époque pas non plus d’infos sur ce soldat. Mais ma curiosité était piquée et j’ai concentré mes recherches sur les trace de Bernard Cahn.

Recherches pas évidentes car son régiment d’appartenance n’était pas précisé sur son certificat de Médaille. Difficulté supplémentaire, les archives des Médaillés de Ste Hélène ont brûlé pendant la Commune. Il existe bien une base de données réalisée par une association de volontaires pour rassembler des données concernant des médaillés (https://www.stehelene.org/ ), initiative admirable mais forcément incomplète, avec aucun Bernard Cahn (Cahen/Kahn) à l’horizon. Dernière difficulté, des informations concernant les médaillés peuvent être trouvées dans les archives départementales de leur lieu de résidence en 1857. Or si Bernard Cahn est né dans le Bas Rhin, il s’est par la suite installé en Allemagne ce qui rajoutait une complexité particulière pour toute recherche menée depuis la France. Avec pas mal de chance et de ténacité, j’ai finalement réussi à retrouver trace de ce soldat lors de mes recherches dans les archives du Service Historique de La Défense à Vincennes.

Registre matricule de Bernard Kahn au 30e régiment d’infanterie de ligne en 1813 – SHD/GR 21 YC 278

Bernard Cahn a été enrôlé le 27 août 1813 dans la 1ère compagnie du cinquième bataillon du 30e régiment d’infanterie de ligne dont le dépôt était à Mayence. Il mesure 1m55, visage long, front élevé, yeux bruns, nez court, bouche petite, menton fourchu, cheveux et sourcils châtains. Maître d’école, il est conscrit de l’an 1814 incorporé à Strasbourg et arrive au corps le 27 août 1813 (en cas de pénurie de soldats, ils pouvaient être appelés de manière anticipée). Le 30e régiment est embarqué dans la campagne d’Allemagne, qui se soldera par le désastre de la bataille de Leipzig qui débouchera sur l’invasion de la France. Pendant la bataille de Lepizig les Saxons, alliés de la France, ont trahi les Français et retourné leurs armes contre eux, forgeant ainsi pour la postérité l’expression « traître comme un Saxon« .

En tout cas Bernard Cahn ne reste pas longtemps sur les champs de bataille puisqu’il se trouve à l’hôpital dès le 15 novembre 1813, 2 mois et demi après son arrivée sous les drapeaux. Son bataillon a t il participé à cette terrible « Bataille des Nations » qui vit s’affronter plus d’un demi million d’hommes à Leipzig du 16 au 19 octobre 1813 ? A-t-il combattu à la bataille de Hanau du 30-31 octobre 1813 ? Bernard a-t-il été blessé ou simplement atteint du typhus comme nombre des soldats de cette armée en déroute ? Son 5e bataillon est il resté au dépôt de Mayence ?

Dans ses mémoires, publiées par sa descendante Arline Sachs (The Diaries of Bernard Cahn : a man of his time, life in 19th century germany), Bernard explique qu’après avoir été blessé il est allé chercher secours auprès du rabbin de Mainz qui l’aida. Bernard resta ensuite sur place après la fin des guerres Napoléoniennes, installé à Kastel près de Mainz où il exerça des fonctions religieuses à la synagogue. Il détaille aussi ses souvenirs à propos de la cérémonie de remise de médaille de Ste Hélène, lors d’un dîner à Mainz avec 6 autres anciens soldats des environs. Il précise qu’il n’a pas touché au dîner, non casher, se contentant d’un peu d’eau sucrée. Lors de son intervention, il a cité le Lévitique : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Belle conclusion pour un ancien soldat, qui s’éteindra paisiblement 20 ans plus tard en 1877.

Portrait de Bernard Cahn, médaillé de Ste Hélène, avec sa femme Vogel Fanny Lowenberg (@collection particulière Arline Sachs, photo SurnosTraces)

L’outil de MyHeritage qui optimise les photos grâce à l’IA donne un sacré réalisme et coup de jeune à ce soldat né en 1794 !

Portrait de Bernard Cahn
(optimisé par l’outil IA de MyHeritage)

Compléments généalogiques

Les ancêtres

(Source : Livre The Diaries of Bernhard Cahn)

La descendance

9 commentaires

    • Carrément ! voir la photo d’un homme né à l’époque de la Terreur me fascine… J’en ai une autre d’un autre soldat, mais je manque de place dans mes 26 lettres pour le mettre 😉

  1. Une reconstitution étonnante du parcours de Bernard Cahn avec la rencontre de sa descendante et votre persévérance à retrouver sa trace dans les archives.

  2. Quel bel article! Les photos donnent de l’humanité à ces histoires de guerre que j’ai toujours beaucoup de difficulté à lire.

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